Translation of Jean-Baptiste Cabaud’s ‘The Shepherdesses Painted in Blue’

By | 2 August 2016

Les Bergères peintes en bleu

L’ombre et la pensée envahissent le ciel
Et les champs de nuages prennent l’or des statues

Le vent devient tempête et ne se calmera pas
Et tout s’accélère et tout est cinéma

Un rivage ensablé une fatigue douce
Et dormir un instant comme on ferme les yeux

Ici pas de nostalgie
Les fenêtres sont borgnes sur des murs rassurants

Des bergères peintes en bleu trouveront leurs amants
Au milieu des troupeaux, au pied des balançoires

Dans une automobile un voyage trop long
La radio est cassée mon cœur la remplace

Là les cartes marines signalent les montagnes
Aux navires insouciants jouant les alpinistes

Il faut partir encore l’espace est si grand
Parcourir encore et le temps est si long

Puis dévier les poètes de leur course de comète
Et trouver le silence comme manteau d’hiver

Des bergères peintes en bleu trouveront leurs amants
Au milieu des troupeaux, au pied des balançoires

Cette eau est partout sur la terre si fragile
Qui ravage et guérit et qui n’en finit plus

Mais la vie n’apprend rien et l’humain est un cancre
À l’esprit de fenêtre au corps de radiateur

Trois sous d’espérance et quinze euros d’enfer
Une lune bien pleine sur une bouteille bien vide

J’ai troqué ce matin mon âme de géant
Contre un cœur de gueux et un amour incertain

Des bergères peintes en bleu trouveront leurs amants
Au milieu des troupeaux, au pied des balançoires

Des lumières scintillent invisibles et volages
Qui s’accrochent à nous et nous raccrochent à elles

Puis défilent des héros en un glorieux cortège
Mais le son des trompettes s’étouffe dans le néant

Et la nage des cachalots si belle et harmonieuse
Nous cache des mystères qui semblent bien grossiers 

Une fée certainement pourrait connaître ces questions
Mais les fées sont terrestres et n’ont pas les réponses

Des bergères peintes en bleu trouveront leurs amants
Au milieu des troupeaux, au pied des balançoires

S’en reviennent les flots grondants et assaillants
Qui cherchent les maisons et ordonnent aux saisons

Et l’échiquier est rangé sur un échec et pat
Mais les deux adversaires ne se sont pas salués

J’irai tout à l’heure m’attarder sur un banc
Attendre une rencontre sous la lumière étrange

Un vieil homme songeur et déjà résigné
Quelques grammes de passé et un regard lointain

Des bergères peintes en bleu trouveront leurs amants
Au milieu des troupeaux, au pied des balançoires

Les palmiers sont figés sur des soleils couchants
La photo s’est jouée de l’imagination

Nous avons nettoyé la culasse de nos fusils
Embrassé nos femmes et nous sommes partis

Vogué sur l’océan entendu les sirènes
Et les avons confondus avec des lamantins

Le brouillard aujourd’hui est encore tenace
Il irise les lumières d’auréoles curieuses

Des bergères peintes en bleu trouveront leurs amants
Au milieu des troupeaux, au pied des balançoires

Aimer le silence et sa vanité charmante
Comme un paysage traversé sans pourtant s’arrêter

Mais se faire des citadelles de livres et de pierres
Quelle foutue inconscience !

La pluie tombe bien droite sur des immeubles droits
L’homme aussi est bien droit tant de verticalité

Les poitrines gonflées sont des signes hasardeux
Des sacs à soupirs de bonheur et d’ennui
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